Mieux vaut tard que jamais

À l’occasion du centième billet de ce blog, je voulais évoquer un sujet spécial, qui me tient à cœur et auquel je réfléchis souvent : le moment où on commence à écrire conditionne-t-il son rapport à l’écriture ?

Pendant longtemps, j’ai éprouvé des complexes vis-à-vis des auteurs qui disent être nés un crayon à la main. Depuis qu’ils savent écrire, ils consacrent une grande partie de leur temps libre à imaginer des histoires. Face à leur expérience, je me sentais insignifiante, illégitime.

La passion qui me suit depuis l’enfance, c’est la lecture. Jamais je n’ai pensé écrire des histoires, en lire – en dévorer – me suffisait. À l’école, on m’a souvent fait remarquer que j’avais des facilités de rédaction, mais ce n’était pour moi qu’un moyen d’avoir des bonnes notes sans trop me fatiguer (je me souviens encore d’une copie de dissertation au lycée qu’on m’a rendue avec le commentaire « Le style vous vaut la moyenne. »).

Le déclic est venu avec un atelier d’écriture à la fac, où on construisait des textes à partir de pistes ludiques. La même année, j’ai découvert Alphonse Allais et ses courtes nouvelles humoristico-absurdes. Les deux expériences se sont télescopées et j’ai voulu écrire des textes « à la Alphonse Allais ». Le virus m’avait atteinte.

Pourtant, je n’assumais pas cet aspect de ma vie. Je le présentais comme un passe-temps, un jeu. Vu que je n’écrivais pas depuis aussi longtemps que d’autres à qui l’expérience donnait de l’assurance, que mon entourage ne me soutenait pas et que j’avais peu confiance en moi, je pensais avoir raté le coche : je ne deviendrais jamais un vrai auteur (bon, à ce moment je définissais un « vrai auteur » comme quelqu’un qui vit de sa plume *rires*).

Depuis un an et demi, j’ai plongé sur le forum de CoCyclics, et je me suis rendue compte que le travail primait sur le talent et l’expérience. Donc je travaille et je travaille encore. Parfois un de mes textes est publié, je saute au plafond, et je recommence à travailler.

Fin décembre, j’ai visité l’exposition Museogames au musée des Arts et Métiers, une exposition géniale où on peut jouer aux jeux vidéo de son enfance, connaître leur histoire, et partager les réflexions de personnes liées au milieu. Il existe une multitude de parallèles possibles entre les jeux et l’écriture et je m’en suis rendue compte en écoutant l’interview d’Olivier Séguret, critique de cinéma et de jeux vidéo à Libération.

De ce que j’ai retenu, il est venu aux jeux vidéo assez tard. Grâce à cela, il n’a pas un besoin compulsif de jouer comme quelqu’un qui a joué des heures et des heures depuis l’enfance (mine de rien, les enfants disposent d’un temps libre important), et il n’a pas non plus éprouvé de frustration face à cette passion puisqu’il a pu se payer tous les jeux vidéo qui lui plaisaient.

La révélation ! J’ai tout de suite établi un lien entre cette interview et mon rapport à l’écriture et au lieu de réfléchir à ce qui m’avait manqué, j’ai réfléchi à ce que m’avait apporté mon intérêt tardif pour cette activité. Par exemple, j’ai appris à insérer l’écriture dans un emploi du temps d’adulte tout de suite. J’ai aussi intellectualisé ma façon d’écrire très vite, lu des ouvrages théoriques, suivi des ateliers d’écriture. Et quitte à m’engager dans cette voie, j’ai décidé d’aller au bout de mes exercices de style et de mes histoires. Je ne sais pas si j’aurais eu cette discipline plus jeune.

Tandis que je continue de méditer, j’aimerais bien savoir : Quand avez-vous commencé à écrire et qu’est-ce que ça vous a apporté ?

Publicités
Catégories : Écrire | 13 Commentaires

Navigation des articles

13 réflexions sur “Mieux vaut tard que jamais

  1. Pour moi, ma période d’écriture a débuté en 2006 avec ma première nouvelle achevée, corrigée et refusée par un magazine (elle a été acceptée ensuite, mais c’est une autre histoire).

    J’ai commencé à imaginer des histoires bien avant, je dirais depuis l’école primaire. A l’époque, je décrivais les personnages et les décors que j’imaginais. Puis, au collège, j’ai voulu écrire des romans de fantasy qui, avec le recul, m’apparaissent pitoyables.

    Je ne les considère même pas comme des produits de mon écriture, mais comme une appropriation de mes nombreuses lectures de cette époque. D’ailleurs, je ne me suis jamais imaginée continuer cette occupation et encore moins devenir écrivain.

  2. J’ai commencé à écrire à 27 ans, par accident et pour meubler un blog inutile. Donc s’il te reste des complexes, tu peux les jeter aux orties car mon cas est bien « pire » que le tien.
    Par exemple, je n’ai eu aucun déclic, aucune intellectuellisation de ma démarche et en gros, si j’ai continué dans ce « délire », c’est uniquement parce que des personnes comme Emma et Syven m’y ont encouragée (au lieu de me dire d’arrêter, ce qui est déjà énorme de leur part quand on connait leur niveau d’exigence, je les soupçonne de copinage). ^^
    Quant à savoir ce que ça m’a apporté… des amitiés solides et durables, principalement. C’est étonnant mais c’est ce qui me restera, je pense, même si j’arrête d’écrire. Et de très belles lectures puisque les auteurs échanges les titres des romans qu’ils apprécient. Des aventures complètement dingues comme L’Armoire et CoCyclics. Et peut-être un roman, un jour, ce qui au final me parait de plus en plus secondaire (la cerise sur le gâteau, on va dire).

  3. Eh bien, j’ai commencé à écrire durant l’été qui précéda mon entrée en 6ème. Avant de partir en Roumanie (Eh oui retourner dans ses racines, aller écraser les raisins avec les pieds etc. ça stimule l’imagination) j’avais appris que ma meilleure amie allait faire trois semaines de stage d’équitation et passer ses galops 1,2 et 3 d’un coup alors qu’il m’avait fallu 5 ans pour passer mon galop 1 (si tu n’as rien compris ne t’en fais pas, un galop c’est comme un diplôme dans le milieu équestre en gros). Tu comprends ma frustration et ma colère ? Mon teint vert m’a suivi durant toute les vacances et j’en ai profité pour écrire l’histoire d’une fille qui n’a pas un super niveau à cheval par rapport à sa rivale mais qui va arriver, malgré tous les obstacles (aha aha aha pour le jeu de mot) à être une grande championne, parce qu’elle aime les chevaux et qu’elle a de vrais amis (je suis toute émue en y repensant, ça vaut au moins le Goncourt cette histoire ^^). C’était ma psychothérapie estival ce livre (il faisait même 2 cahiers de 96 pages t’imagines !) et à la rentrée j’ai retrouvé ma copine qui n’avais passé que son galop 1 et mon ego lui a pardonné. Je crois qu’écrire cette histoire m’a permis d’avoir d’avantage confiance en moi (et j’ai été meilleure qu’elle durant toute mon adolescence, les nerfs de mes parents m’ont remerciée). Pour la petite anecdote, cette amie est toujours ma meilleure amie et est devenue une cavalière admirable.

  4. J’ai commencé à écrire en mai 2007, à 35 ans, parce qu’à ce moment j’en ai ressenti un besoin vital. Je n’avais jamais imaginé avant que je pouvais avoir l’imagination et la plume pour cela et jamais tenté d’écrire quoi que ce soit.
    Les poèmes du début ont cédé la place à de petits textes puis des textes plus aboutis pour les fanes de carotte un an plus tard et enfin à des nouvelles quand j’ai découvert CoCyclics en 2009…

    Ton article m’amuse parce qu’il y est question de jeux vidéos dans lesquels je me suis beaucoup perdue à une époque… et qui me manquent depuis que mon ordi m’a lâchée et que je n’ai plus qu’un eepc.
    Je parlais ce we de me racheter une tour pour pouvoir rejouer un peu et les rares personnes de ma vraie vie qui savent que j’écris et me lisent, dont mon magicien, ma mère et ma soeur, m’ont demandé de ne pas le faire, parce qu’ils voulaient que je continue à écrire.
    C’est un super encouragement à continuer ^^

  5. J’ai commencé tard, que ce soit l’écriture… ou même la lecture ! (18 ans !) donc je me retrouve bien dans ce que tu dis sur la discipline. Si j’avais commencé au collège ou, comme ma fille, dès qu’elle a su écrire, je ne sais pas si je serais allée aussi loin, si je me serais donné les moyen d’en faire plus qu’un simple passe temps…

  6. Je fais partie de ceux qui ont toujours écrit; à sept ans, alors que j’avais tout juste commencé à lire et à écrire, ma mère m’a offert un petit carnet. Résultat? J’ai commencé à le remplir et je lui ai déclaré très sérieusement que « j’écrivais mon premier roman ».
    Pour moi, ça a été une progression graduelle, depuis les petits textes écrits pour l’école, en passant par les fanfics, jusqu’aux romans complets. Je m’y suis attaquée au moment où j’étais prête à le faire, où j’étais capable de tenir un travail de longue haleine sans l’abandonner. Je ne l’ai jamais vu que comme un passe-temps, j’en avais besoin, point, et mes ambitions sont allées se situer à ce niveau-là. C’était logique, à cause de ça, d’en passer par la théorie, et les ateliers d’écriture: je n’ai pas eu à trop me casser le nez pour comprendre que mes textes n’étaient pas du tout parfait.
    Le seul bémol que je mettrais, c’est le manque de discipline: il faut que je fasse des pieds et des mains pour intégrer l’écriture dans mes horaires de fous, puisque j’avais l’habitude d’avoir tout mon temps, ce qui n’est plus le cas.

  7. Je suis un mauvais exemple : je fais partie de ceux qui ont commencé à écrire très tôt (j’ai encore des exemplaires des livres reliés illustrés que je faisais avec ma cousine durant les vacances). J’ai même gagné quelques prix au collège/lycée.
    Mais faisant partie d’une famille de scientifique, on m’a bien fait comprendre que l’écriture, ça va pour s’amuser mais qu’on gagne pas sa vie avec, oh (et une terminale littéraire même pas en rêve, tu iras en scientifique ma fille). Du coup j’ai laissé tomber en terminale, plus le temps, et puis moi j’aimais la fantasy et la fantasy c’était au rayon enfant, plus mon âge, quoi. (Je me suis rabattue sur le policier et les romans historiques).
    A partir de là, nous avons un gros trou noir… (donc finalement, c’est un peu pareil quand même).
    J’ai recommencé durant mon congé parental. J’adorais Pirates des Caraïbes et en surfant sur Internet j’ai découvert un site où les membres écrivaient de la fanfiction. Pirates + écriture = le bonheur. Au bout d’un moment quand même je me suis sentie frustrée de ne faire joujou qu’avec les personnages des autres, donc j’ai (re)commencé à créer les miens. Juste pour m’amuser au début. Et puis j’ai découvert Cocyclics. Et là, les choses sérieuses ont commencé…
    Qu’est-ce que ça m’apporte ? Du plaisir, avant tout. J’aime imaginer des histoires, les travailler, les fouiller, les polir et au final les partager. J’ai l’impression de rattraper le temps « perdu » durant le trou noir.
    Et puis, les grenouilles sont formidables, non ?

  8. Que vous ayez commencé à écrire tôt ou tard, tous vos témoignages sont très touchants et je vous remercie de les avoir partagés avec moi ^O^
    Parfois, c’est un peu difficile de continuer à entretenir ce blog, surtout par manque de temps, mais quand je vis des moments d’échange comme celui-là, je me dis que ça vaut le coup de s’accrocher. Merci encore !

    @ Scribo Loutre : j’ai très envie d’entendre l’aventure de ta première nouvelle !
    @ Roanne : ça a dû être très stimulant d’être encouragée ainsi ! On n’imagine pas que l’écriture peut créer des liens d’amitié (enfin moi je ne l’imaginais pas jusqu’à arriver sur le forum de CoCyclics).
    @ Booz : très chouette comme histoire (et contente que l’écriture thérapeutique ait fonctionné^^). Il n’y a pas une collection de récits spéciaux de cavaliers en jeunesse ?
    @ Pandora : je plussoie ta famille, laisse tomber l’idée de la tour et des nouveaux jeux vidéo ! (ceci dit, je joue beaucoup, mais comme ce n’est qu’un passe-temps secondaire, je laisse mes jeux de côté dès que j’ai ma dose).
    @ NB : et ça valait le coup de s’accrocher ! ^^
    @ Karine : ton approche pragmatique m’impressionne ! Tu as su te donner les moyens d’optimiser ta passion, j’espère que tu trouveras un moyen de t’organiser pour t’y consacrer le plus possible.
    @ Kira : le plaisir, c’est le plus important !

  9. Je me suis demandée pendant 3 secondes pourquoi tu ne m’avais pas répondu, et puis j’ai réalisé…
    Je sais que j’ai le même prénom que Malka, mais je ne suis pas Malka: sous d’autres eaux, tu me connais sous Arianne ^^

    Quelle idée j’ai eu de ne pas faire mon blog sous pseudo, hein ^^

    • Désolée Karine / Arianne !
      J’aurais dû vérifier car j’ai hésité : le nom de ton blog « sous ma peau » fait bien référence à ton projet « under my skin » ? Ça me parlait… Enfin bref, maintenant, je ne ferai plus la confusion et je vais corriger tout de suite dans mon autre commentaire. Merci à toi de m’avoir signalé mon erreur !
      Je crois que je vous prenais Malka et toi pour une seule personne. Du coup, je n’étais jamais allée voir ton blog, pensant que c’était celui de Malka, que je consultais déjà. Je le découvre ce matin et il est très intéressant. Par rapport à ton expérience de l’écriture sur le long terme, j’ai l’impression que tu cohabites avec d’anciennes histoires non menées à terme qui enrichissent tes idées actuelles.

      • Pas de souci! La méprise a eu le mérite de me faire sourire lorsque j’ai compris d’où elle venait!
        Oui, le nom du blog fait référence à ce projet-là. D’ailleurs, contente de savoir que le blog en question te plaît!
        Tu as un peu raison, j’ai énormément de vieilles idées que je ne me sentais pas prête à développer à l’époque et que je réutilise petit à petit. D’ailleurs, ça vaudrait peut-être la peine que j’en parle plus longuement… hum…

  10. Je comprends maintenant !
    J’avais lu l’article, non les commentaires.
    Pour répondre à ton article, j’ai eu des livres en mains dès que j’ai su lire. Depuis, je n’ai jamais cessé. J’ai eu envie d’écrire quelques annéés lus tard. Au collège, j’écrivais des petits contes illustrés, des poèmes, de courtes nouvelles. Puis, plus rien. Grand vide cotê écriture, même si j’ai toujours continué à lire. J’ai repris la plume pour écrire un conte pour enfant lors de ma deuxième année de formation d’IUFM. L’accueil chaleureux de ma prof a relancé l’idée (mais en sourdine). J’avais l’envie d’écrire, mais je n’osais pas. J’ai eu véritablement le déclic avec mes premiers livres de fantasy et surtout avec la lecture de l’assassin royal de Robin Hobb.
    A 33 ans, j’ai commencé à écrire des nouvelles pour répondre à des consignes d’ateliers en ligne. Puis, j’ai découvert un endroit super, rempli de grenouilles passionnées, qui m’ont donné l’envie d’écrire un récit plus long.

    • Contente que le mystère des deux Karine soit éclairci^^
      Je vois que nous partageons la même boulimie de lecture depuis l’enfance, Malka.
      Bon courage pour boucler un projet plus long ! Comme toi, j’ai envie d’accomplir ce défi. Souhaitons-nous de réussir cette année ! ;-)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :