Les clichés, un jeu amusant aux règles compliquées

J’écris peu de fantasy en général, mais il se trouve que j’ai deux projets de fantasy en cours : une nouvelle et une novella (roman court). La première atteint 10 000 signes, la seconde 40 000, et j’estime qu’elles sont toutes les deux au tiers de leur rédaction. Je me suis donc posée (et me pose encore) des questions sur les clichés courants en fantasy. J’essaie d’en réutiliser des vieux pour faire du neuf comme :

* Le jeune magicien qui apprend à maîtriser ses pouvoirs ;

* La jolie princesse, avec une magnifique chevelure blonde / rousse / auburn et des prunelles saphir / émeraude / ambrées (rayez les mentions inutiles). Elle est belle, bonne et… que belle et bonne, en fait.

* Le vieux maître bourru ;

* Le bon vieux dragon, toujours aussi amical d’histoire en histoire ;

* Les innombrables forêts, montagnes et clairière que traversent les personnages ;

* La taverne, étape incontournable en fin de (rude) journée ;

* Le splendide palais à la fin du voyage (c’est souvent là qu’a lieu le mariage final^^).

Bref, je pensais avoir éclusé à peu près tous les clichés sauf celui de la prophétie (que je déteste : je hais les choses écrites à l’avance, ça enlève du suspense autant pour le lecteur que pour les personnages du récit. En plus, la prophétie est une forme de prolepse, procédé littéraire que j’exècre au moins autant que les salsifis, ce qui n’est pas peu dire). Après cette longue parenthèse, reprenons le cours de nos réflexions : je croyais donc benoîtement suivre la droite ligne de la fantasy classique, lorsqu’une amie m’a mis le nez sur cet article. J’ai alors découvert que la fantasy classique s’appuie sur le monde de Tolkien avec des nains, des elfes et autres créatures bizarres qui soutiennent ou s’opposent à un héros destiné à sauver le monde des griffes d’un très grand méchant, tout cela au terme d’une guerre aussi improbable que sanglante.

Zut ! me dis-je alors à moi-même. Ma fantasy ne ressemble pas vraiment à ça et ne risque pas d’y ressembler car je me vois mal mettre une guerre en scène, pas avant d’avoir lu L’Art de la guerre de Sun Tse en tout cas (Oui, je suis une femme de principes^^). Je continue pourtant ma lecture, alléchée par une citation de China Mieville, – un de mes auteurs préférés –, espérant désormais surfer sur la vague d’une fantasy plus moderne. Mais mes rêves volent en éclat. Dans les derniers paragraphes, l’auteur de l’article dépeint une fantasy actuelle assez glauque avec des soulards blasés sans blason ou des aventurières, tant sur le plan de leur mode de vie que de leur sexualité.

Évidemment, je n’ai là-dedans reconnu ni mes histoires ni mes personnages. Mes aventuriers croient encore à l’innocence des lapins, même aux yeux rouges *_* De plus, ils suivent sans rechigner le schéma actantiel de Campbell que je leur ai imposé. Bref, ma stratégie contre les clichés consiste à développer un univers merveilleux, dans lequel on ne sert que du lait dans les tavernes passée une certaine heure^^ (<– Pour ceux qui doutaient encore de mon incapacité à résumer mes récits, en voilà la preuve flagrante >_<)

Cela dit, maintenant que j’ai retrouvé la voie de mes clichés, il ne reste plus qu’à m’y remettre !

Et vous, quels clichés aimez-vous revisiter ?

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Catégories : Écrire, Élucubrations | 4 Commentaires

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4 réflexions sur “Les clichés, un jeu amusant aux règles compliquées

  1. Coucou,

    Sympa ton post, il permet de reposer la question des clichés du point de vue de l’écriture.

    L’un des problèmes qui se pose à tout auteur de fantasy est de faire la part des choses entre clichés et archétypes. D’autant plus que les schémas narratifs dominants dans le genre ne permettent pas non plus de se distinguer radicalement.

    Mais les auteurs ne sont pas seuls en cause, loin s’en faut. Publier de la fantasy n’est déjà pas ce qu’il y a de plus facile actuellement : faire accepter à un éditeur un texte qui se voudrait plus ou moins expérimental est donc tout sauf évident. On peut néanmoins lorgner du côté des éditions La Volte (les fous qui ont publié Damasio).

    Tu parles du merveilleux (à ce sujet tu peux jeter un oeil sur le livre Faërie de Tolkien). D’un point de vue définitionnel, on a tendance à mettre le merveilleux à l’arrière-plan de la fantasy, sur le ton « la fantasy doit beaucoup au merveilleux, mais la fantasy n’est plus du merveilleux ». Mais de temps à autre le merveilleux refait une apparition dans le genre, et ça marche plutôt bien.

    Si tu n’as pas lu, je te recommande Stardust de Niel Gaiman (y a même un film). Il y a du monomythe de Campbell là-dedans. Et c’est chouette.

    Au fait, le coup du lait dans les tavernes m’a rappelé Alice au pays des merveilles.

  2. Merci beaucoup pour ce complément :-)
    C’est vrai qu’il est déjà dur de se démarquer par rapport aux idées des autres, mais quand les éditeurs se donnent le mot pour n’éditer que les textes qui marchent dans certaines niches… Ça devient un vrai casse-tête !

    Au passage, j’ai rectifié un lien qui ne passait pas : celui sur le schéma narratif de Campbell.

  3. Maëlig

    (Ah, l’innocence des lapins aux yeux rouges qui mangent du salsifis à dix heures et boivent du lait après minuit.)
    Question cliché, pour revenir au sujet, je suis basique : le grand méchant.
    Merci pour cet article, c’est toujours un plaisir de te lire !

    • Le Grand Méchant, je l’oublie toujours, pour moi en général c’est le Destin qui s’acharne contre les héros.
      Et ravie que ce billet te plaise ! ^_^

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