Le langage infini des artistes : le néon

Avouons-le d’emblée : je suis jalouse. Là où nous écrivains n’avons que de pauvres petits mots en noir sur blanc (ou en blanc sur noir selon votre logiciel de traitement de texte ou de toutes les couleurs selon vos goûts, hum… pas de commentaire), les artistes ont des myriades de papiers, de couleurs, de moyens à leur disposition pour faire rêver leur public. Et ça, c’est pas juste. Ok, parfois c’est sublime, mais c’est pas juste quand même.

D’après l’exposition Neon : who’s afraid of red yellow and blue ? qui se tenait jusque mi-mai à la Maison rouge à Paris, à deux pas de Bastille, les artistes utilisent aussi les néons pour mettre leurs mots en valeur. Inutile de vous dire que lorsque ces alchimistes au néon écrivent ne serait-ce qu’un mot, nos développements, même lyriques, ont l’air de tourner désespérément autour du pot.

Flamboyants, les messages artistiques au néon mêlent le beau à l’efficace.

La Lumière parle par Eric Michel (2008)

La Lumière parle par Eric Michel (2008)

Quand la lumière délivre des messages ou raconte des histoires, elle captive immédiatement l’attention. D’ailleurs si je me souviens bien, le début de la Genèse comporte plein d’effets de lumières pour montrer les superbes réalisations du Grand Artiste céleste ; il a sans doute utilisé des néons, d’autant plus que St Jean le dénonce comme un grand bavard (au passage, ô grand barbu divin : les néons c’est aussi vachement pratique pour les messages à grande échelle ;-) ). Je m’égare.
Bref, les messages touchent d’autant plus qu’ils sont délivrés par néons interposés. Exemples.

Juste love me par Tracey Emin (1998)

Retrouver ça un soir sur son paillasson, ça en jette. À part si vous trainez avec une bande d’artistes qui ne jurent que par les néons, vous identifierez facilement l’expéditeur. Le “Just love me” est minimaliste, mais sacrément efficace. Quand nous autres auteurs nous évertuons à installer une atmosphère propice à la naissance de sentiments, à montrer progressivement l’évolution de ces mêmes sentiments, à écrire de grandes tirades amoureuses, l’artiste, lui demande, ordonne presque : “Just love me”. Une expression qui sonne très juste, car en amour, plutôt que d’aimer, ne préfère-t-on pas être aimé ?
Le rose bonbon un peu too much rajoute une dose de guimauve ou de pathétique selon la réaction de l’être aimé.

Rêvez ! par Claude l’Evêque (2008)

Le rêve, un des grands thèmes majeurs de la littérature. Tous les romans pourraient porter ce titre : Rêvez ! (pour certains Cauchemardez ! conviendrait mieux sans doute, mais là n’est pas mon propos). Seulement, ces romans destinés à faire rêver prennent leur temps. Quelques centaines de pages s’avèrent nécessaires pour présenter le décor et les personnages, et les faire interagir avant de refermer la merveilleuse boîte à pages.

Avec ce simple Rêvez !, l’artiste nous transporte directement dans l’imaginaire. Tout le monde a un rêve petit ou grand : son évocation en couleur, presque magique, permet de submerger instantanément le spectateur d’émotions. Et tout ça en cinq lettres, un point d’exclamation et six couleurs, bordel !

Rien par Jean-Michel Alberola (2011)

Même la page blanche de l’artiste aux néons impressionne. Nous qu’avons-nous ? Un écran vide de traitement de texte avec un petit curseur qui clignote ou une page de carnet que nous fixons d’un œil torve en mâchonnant notre stylo.

L’artiste aux néons, lui, offre une matérialité à son néant, à son rien. Le rien devient alors lui-même une œuvre et suscite l’interrogation du spectateur : qu’y a-t-il derrière ce rien ? Un message si lourd à dire qu’on préfère le taire, le refus de la reconnaissance, ou encore une provocation d’artiste ? Et pour parfaire ce message minimaliste, si on éteint l’œuvre, il ne reste vraiment rien.

This work should be turned off when I die par Stefan Brüggeman (2010)

Magnifique épitaphe, isn’t it ? Elle égale presque celle de Keats “Celui dont le nom était écrit dans l’eau”… Il y a quelque chose de poignant dans cette phrase lumineuse qui reflète ce que craignent tous les artistes et auteurs : que leur œuvre meure avec eux.
Réconcilions donc tout le monde autour de cette création et si comme moi, vous restez jaloux, sachez qu’un néon ça s’éteint ^_^

Je vous aurais bien recommandé la visite de cette exposition, mais elle a fermé le 20 mai >_<
(Ceci dit, il existe un catalogue de l’exposition :-P )

Publicités
Catégories : Arts, Rencontres | Étiquettes : , , | 2 Commentaires

Navigation des articles

2 réflexions sur “Le langage infini des artistes : le néon

  1. Maëlig

    Le « Rien » me parle beaucoup :)

  2. Moi j’hésite entre le « Rêvez ! » et le « This work should be turned off when I die ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :